Médecine
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Retour sur le Festival de la Communication Santé

une_deauville_numeriquePorteur de nombreuses promesses, le numérique n’en finit plus de chercher ses marques dans tous les grands secteurs de l’industrie et de la vie quotidienne de nos concitoyens. Tous les jours un nouveau prophète annonce la digitalisation d’un nouveau pan économique avec l’avancée inexorable de nouvelles technologies qui ne sont plus si nouvelles. Pourtant dans les faits tout cela est loin d’être aussi limpide.

Dans le secteur santé cela fait déjà plusieurs années que le digital s’est emparé des pratiques médicales, qu’il fait changer la relation entre le patient et son médecin, qu’il répare au bloc et qu’il promet d’éradiquer le cancer.

Si les avancées sont spectaculaires, nul ne peut le nier, on note tout de même que tout cela tourne un peu en rond. La faute à qui ? À des hommes politiques trop vieux et déconnectés du monde d’aujourd’hui et de demain, comme le dit Laurent Alexandre ? Faute de prise de position claire du côté des pouvoirs publics sur des sujets sensibles mais indispensables comme le DMP ?

Pour aborder tous ces sujets et appréhender au mieux ce qui se passe réellement dans cette révolution sans précédent du secteur de la santé, le rendez-vous de la fin du mois de novembre à Deauville est devenu un incontournable. Le Festival de la Communication Santé mené de main de maître par sa présidente Dominique Noel et son équipe de fidèles dont notamment Eric Phélippeau (By Agency, Adetem) pour la modération des tables rondes, proposait encore une fois un plateau de grande qualité alliant avec brio conférences et billets d’humeur ou de prospective.

Le patient au centre de tout

Cela fait déjà quelques années que le patient reprend la main sur sa santé en accédant à toujours plus d’informations sur sa maladie, en se suivant avec des outils numériques, en échangeant via des forums ou des sites spécialisés. L’humain a une place bien particulière au Festival de Deauville et cela se ressent avec une nouvelle étape franchie cette année sur la place des patients, présents dans chacune des tables rondes à travers des responsables d’associations. Car si le numérique nous permet d’être toujours mieux informé et de suivre nos pathologies chroniques à distance, cela introduit de nouvelles problématiques de communication. Les industriels, mais aussi les praticiens, ne peuvent plus communiquer de la même manière avec les différents publics (patients ou non) qui ont un niveau de connaissance des sujets bien plus important qu’il y a quelques années. Pour le meilleur et pour le pire…

Le fameux colloque singulier qui pose les bases de la relation entre médecins et patients a été longuement débattu pendant une conférence éclairante sur le sujet organisée par Pharmaceutiques.

Il en ressort assez logiquement que les patients souhaitent être beaucoup plus écoutés, comme l’indiquait très justement Gérard Raymond, président de la Fédération Française des Diabétiques. Le Dr François Liard a indiqué pour sa part bien comprendre ce besoin qui peut se heurter à des considérations plus pratiques du temps médical et de la tarification à l’acte. Des débats intéressants avec le concours du Pr Raphaël Gaillard prenant de nombreux exemples dans sa spécialité, la psychiatrie.

Dans cette profusion d’informations plus ou moins certifiées, le Dr Liard en a d’ailleurs profité pour faire une proposition qui trouve tout son écho dans les débats actuels sur la pertinence de l’information en ligne : il propose même de former tous les citoyens à l’analyse critique de l’information (sur le Web, mais pas que). Cela semble en effet de plus en plus nécessaire…

Pharma : pour vivre heureux, vivons cachés ?

Cela pourrait être en substance la stratégie de communication grand public de nombreux mastodontes de l’industrie pharmaceutique. Une posture difficile à tenir quand les attaques répétées préfèrent taper dur en occultant une bonne partie du sujet pour frapper encore plus fort. C’est en substance ce qui a été dit pour ouvrir la conférence organisée par le Leem (le syndicat des entreprises du médicament) sur la réputation de l’industrie, et je partage assez ce état de fait.

Le médicament est un rapport bénéfices/risques bien souvent présenté uniquement du côté du risque. À une époque où le sensationnel et la petite phrase choc assurent la visibilité d’un sujet, pourquoi se priver ? Le montage d’ouverture de la conférence dédiée au sujet de la réputation de l’industrie pharmaceutique à l’heure du digital faisait froid dans le dos. En compilant des extraits choc d’émissions comme Cash Investigations (qui, comme on le sait, fait rarement dans la dentelle et toujours à charge…), on était tout de suite dans le bain.

Il faut dire que la communication des laboratoires à destination du grand public est plutôt frileuse. « Ne pas faire de vagues, surtout ne pas faire de vagues ». Mais avec les réseaux sociaux et les mécanismes communautaires, sans aller jusqu’à parler de bad buzz qui est un terme tellement dévoyé, les mastodontes du médicament n’ont plus vraiment le choix. Il faut agir. Mais attention, pas simplement agir en dotant un fond de plusieurs milliards pour faire du “startup washing” comme c’est trop souvent le cas, pas simplement en se lançant dans des actions caritatives bien visibles autour d’une pathologie traitée, bien entendu, par une référence phare de la maison. Non, en passant à l’action pour de bon.

Jean-Yves Lecoq (GSK) en a profité pour lancer son appel de Deauville. Un appel pour passer à l’action, et ne pas rester dans la zone de confort évoquée juste avant qui ressemble plus à de la communication en mode « écran de fumée » qu’à un véritable changement. Un appel complété quelques minutes plus tard par un message encore plus limpide :

« Il ne faut pas avoir peur d’Elise Lucet et de ses camarades journalistes d’investigation ».

Pour lui il faut que les grands laboratoires et leurs représentants officiels, n’aient pas peur de faire valoir leur point de vue et leur vision du sujet. Le meilleur moyen d’éviter de se faire voler le débat, c’est bien d’y participer.

Vivons-nous déjà dans le monde des robots ?

Autre aspect bien présent tout au long de la journée de conférences du vendredi, la place des robots et des algorithmes a été plusieurs fois au centre des débats. Une place évidente côté data dans le parcours de soin pour fluidifier les échanges entre professionnels et patients, même si la donnée était un sujet plutôt débattu l’année dernière, mais une place aussi auprès des seniors avec le robot aidant Kompai de Robosoft.

Pour aller encore plus loin, Maître Alain Bensoussan nous a même proposé un speed vision (ou pourrait même rebaptiser la séquence en “one man show” pour l’occasion) sur cette nouvelle espèce robotique. Avec une approche tendancielle mêlant vie quotidienne et aspects juridiques, à force d’exemples parfois un peu terrifiants mais tellement réalistes, Alain Bensoussan a embarqué avec lui toute la salle dans un voyage au monde des algorithmes et des robots d’aujourd’hui et de demain. Des robots médicaux, conducteurs ou compagnons, sont déjà parmi nous, ils seront partout d’ici 2020.

Jusqu’où nos ingénieurs iront-ils dans cette voie ? Jusqu’où le législateur laissera-t-il aller ces innovations ? Alain Bensoussan a plaidé devant nous pour la création d’une nouvelle personne juridique spécialement pour cette nouvelle espèce faite de données et d’algorithmes capables de “penser” et “d’apprendre”. Ce qui paraissait encore être de la science-fiction il y a quelques années est aujourd’hui bien réel…

Bien plus qu’un festival de communication

Pas vraiment un congrès médical, pas non plus un rendez-vous classique des professionnels du marketing et de la communication, le Festival de Deauville est un moment à part. Les professionnels ne s’y trompent d’ailleurs pas avec de nouveaux records de fréquentation battus haut la main. Une belle réussite pour Dominique Noel et les équipes d’Overcome.

On a déjà envie d’y retourner. Vivement l’année prochaine !

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Thomas accompagne les PME et les grands comptes dans leurs transformations, avec le numérique en appui. Producteur de la série Regards Connectés (chaîne Youtube et podcasts), il explore notre avenir technologique pour vulgariser des sujets complexes sur la transformation de notre système de santé. Data, intelligence artificielle, suivez le guide.

Il y a 2 commentaires

  • […] avec. Alors que l’industrie pharmaceutique est souvent malmenée, nous en parlions au Festival de la Communication Santé de Deauville, elle veut remettre la santé au coeur du débat. Sujet primordial dans le quotidien des français, […]

  • […] un Festival 2016 une nouvelle fois de grande qualité, que nous avions relaté dans ces colonnes, place aux prix. Car qui dit festival de communication dit […]

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