Médecine
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Pr Alain Bernard – Déserts médicaux : en finir !

Déserts médicauxDéserts médicaux : en finir ! 

La situation est paradoxale puisque les français n’ont jamais autant dépensé pour se soigner et l’on assiste de manière inexorable à la désertification des territoires par l’absence de médecins généralistes. Cette situation n’est pas survenue par hasard et elle est l’aboutissement d’un lent processus qui aurait pu être anticipé par les différentes politiques de santé.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation

La première et non des moindres la diminution du numérus clausus ayant eu comme conséquence la réduction du nombre de jeunes médecins est insuffisant pour remplacer ceux qui partent à la retraite.

Entre 2007 et 2025, la France aura perdu un quart de ses médecins généralistes selon les prévisions de l’Ordre des Médecins.

Dans toutes les différentes réformes portant sur l’organisation des soins, les médecins généralistes ont été très peu impliqués.

Les différentes politiques de santé ont privilégié l’hospitalisation plutôt que la médecine de ville. Le dernier exemple concerne les Groupements hospitaliers de territoire… À aucun moment les médecins généralistes n’ont été impliqués dans la réflexion et leur mise en place. C’est une erreur car le médecin généraliste devrait avoir une place centrale dans le parcours patient notamment pour les maladies chroniques et pour les personnes âgées ainsi que dans la permanence des soins. Les médecins généralistes perçoivent une dévalorisation au profit de la médecine de spécialité.

Toutes ces réformes ont renforcé le cloisonnement entre la ville et l’hôpital qui accroit la frustration des médecins généralistes.

Depuis plusieurs années, les médecins généralistes ont vu leur charge administrative augmenter régulièrement. Un médecin passe en moyenne deux heures par jour pour régler ses démarches administratives. Lorsque l’on interroge les jeunes en formation, cette lourdeur administrative les rebute pour s’installer. C’est l’une des causes du rejet du tiers payant par les médecins généralistes. Ces charges administratives sont imputées au temps consacré aux patients.

Les médecins généralistes pâtissent d’un manque de reconnaissance et de valorisation. Récemment l’assurance maladie leur a fait l’aumône en leur accordant une revalorisation de 2 euros. Les médecins se sentent invisibles aux yeux des responsables locaux. Les mesures incitatives ou coercitives ne marchent pas et à aucun moment elles n’ont réglé le problème de la désertification qui continue de s’aggraver.

Les maisons médicales pluri-professionnelles commencent à voir le jour mais certainement de manière insuffisante. Les jeunes médecins ne veulent plus travailler seuls surtout dans des territoires reculés. L’erreur qui a été commise par certaines collectivités locales : la  mise en place des maisons médicales s’est faite sans concertation avec les médecins. Cette absence de dialogue aboutit à des catastrophes. Au cours de leurs études, les futures médecins ne font pas suffisamment de stages chez les praticiens pour mieux connaitre la médecine générale et de s’ancrer davantage dans les territoires.

Nos propositions

Pour toutes ces raisons évoquées, la désertification médicale peut être corrigée par des mesures qui revaloriseront la place du médecin généraliste dans l’offre de soins.

Les propositions suivantes placent le médecin généraliste comme le pivot central dans l’offre de soins d’une médecine moderne et innovante  en permettant d’éviter les recours inutiles à l’hôpital. 

La valorisation

  • Revaloriser la consultation du médecin généraliste au cours des 5 prochaines années et indexer la valeur de l’acte à sa complexité et au temps passé.
  • Renforcer la rémunération sur objectifs de santé publique,
  • Instaurer une enveloppe forfaitaire pour le recrutement d’une assistante médicale afin de libérer le médecin d’un certain nombre de tâches administratives

Décloisonner la ville et l’hôpital

  • Le médecin devient l’acteur central du parcours-patient pour les maladies chroniques
  • Renforcer la coopération entre les maisons médicales et les services d’urgences.
  • Conditionner l’agrément de tous les services d’urgences au conventionnement avec au moins une maison médicale.

Modernisation de la pratique médicale

  • La délégation de tâches, assurée par une double relation entre le médecin et le personnel non médical en introduisant un partage de la rémunération.
  • Développer les maisons pluri-disciplinaires sans pour autant alourdir les procédures administratives. Il faut laisser la liberté aux praticiens de s’organiser en fonction des besoins de la population en encourageant les initiatives locales.
  • Développer les outils modernes de télémédecine et numériques
  • Simplifier au quotidien les démarches administratives

Régionaliser et augmenter le numérus clausus permettront de prendre des décisions plus adaptées aux besoins prioritaires des territoires.

Note de la Rédaction : 2 médecins sont recherchés dans le cadre d’un beau projet de Pôle de Santé dans la Loire : http://www.theconnectedmag.fr/pole-de-sante-loire/

Source photo : blog jeanlucbleunven.fr/

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Le Professeur Alain Bernard est chef du pôle cœur-poumons-vaisseaux au CHU de Dijon.
 Grâce à sa formation en recherche clinique et en évaluation, il s'est impliqué dans l'évaluation des technologies médicales. En 2005, il a été nommé à la commission spécialisée de la Haute Autorité de Santé (CNEDiMTS) qui évalue les dispositifs médicaux et les technologies de santé. De 2008 à 2013, il a été vice-président de cette commission. D'autre part, il a été membre de la Commission de la HAS, qui évalue les protocoles des études post-inscriptions. 
Le Professeur Alain Bernard a écrit plusieurs articles sur la méthodologie des essais cliniques des dispositifs médicaux. Il a participé à la rédaction du parcours des dispositifs médicaux en France. Il vient de publier un guide sur la méthodologie des essais cliniques appropriés pour le développement clinique des dispositifs médicaux. Il participe aux avis scientifiques précoces mis en place par l’HAS. L’objectif est d’aider et d’accompagner les porteurs de projet ou industriels pour le développement clinique de tout nouveau DM ou innovant. D’autre part il a réalisé de nombreuses publications portant sur la « comparative effectiveness » des techniques chirurgicales à partir d’une base de données nationale en utilisant des scores de propension.

Il y a 1 commentaire

  • Pierre Maillard dit :

    Je partage complètement ce diagnostic. Le médecin généraliste est presque toujours le déclencheur d’une première thérapie. Il a donc un rôle essentiel. Il est également seul capable de positionner la thérapie dans le cadre de vie du patient. C’est lui qui oriente le patient vers une ou plusieurs spécialités. Sa proximité enfin facilite la nécessaire coproduction du traitement médical avec le patient. Il est dans le processus de soins en amont de l’hôpital, et en aval. L’ambulatoire rend encore plus nécessaire la valorisation de son travail.

    Comment a-t-on pu si longtemps sous évaluer son rôle?

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