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AeroHealth : l’aéro au service de la santé

aerohealthAeroHealth – L’aéro au service de la santé : comment promouvoir une synergie gagnante ?

L’événement était organisé dans le cadre du master « Management des Industries de santé et Biotechnologies » de Toulouse Business School (TBS), en partenariat avec les pôles de compétitivité Aerospace Valley, Cancer Bio Santé et l’agence de développement So Toulouse, avec un écosystème toulousain particulièrement propice à croiser les technologies de l’aérospatial et le médical.

Des entretiens auprès de professionnels de santé et d’industriels du Dispositif Médical (DM) ont été réalisés par un groupe d’étudiants TBS pour approfondir la faisabilité de tels transferts de compétences. Les professionnels de santé interrogés avaient une perception positive du secteur aéronautique et ressentaient l’intérêt de transferts aussi bien technologiques (ex. cœur artificiel Carmat) qu’organisationnels (ex. des checklists de pilotes adoptées au bloc opératoire), avec une problématique forte commune de sécurité.

Plus difficiles à approcher en raison de problématiques de confidentialité et du manque de connaissances sur la thématique, les acteurs du DM ont tout de même témoigné d’un intérêt pour le secteur aéronautique qu’ils qualifient de 3 mots : fiabilité, sécurité, innovation. Tous attendent un plus fort décloisonnement par exemple via des rencontres.

Des membres du pôle Aerospace Valley ont ensuite témoigné sur des transferts réussis ou en cours

L’Ecole Doctorale Aéronautique-Astronautique fait émerger des chaires et thèses transverses, notamment aéro-santé (ex. sur l’oreille interne, l’ensemble du vestibule ayant été traité comme un calculateur embarqué ; ex. sur un forage bio-inspiré sur Mars ; …), en parallèle d’un groupe de travail AeroPharma (réflexions sur l’essai sur l’humain, sur le management du risque, la gestion de grandes bases de données à protéger avec sécurité,…) et AeroAgeing.

Microtec réalise et industrialise des équipements électroniques, pour l’aéronautique (équipements embarqués, câblage filaire), l’automobile (bancs de test pour calculateurs), l’industrie et le médical (Dispositifs Médicaux, en mettant à profit leur salle blanche, ont ainsi réalisé une caméra endoscopique et des systèmes de physiothérapie pour le bien-être). Pour eux, la pérennité d’une PME passe par la diversité de ses métiers. Leur savoir-faire en termes de gestion réglementaire et de traçabilité de la production ont facilité leur entrée dans le secteur médical.

Rescoll et Akira ont mis à profit des savoir-faire issus de l’aéronautique dans le cadre d’un projet européen sur une nouvelle génération de capteurs de la glycémie (avec un seul point d’entrée pour la lecture et l’injection d’insuline) pour le diabète. Des promoteurs d’adhérence usuellement utilisés en aéronautique ont été utilisés ici par Rescoll pour assurer l’adhésion du capteur sur le cathéter, tandis qu’Akira a développé la machine au stade de prototype de pré-série pour en assurer le dépôt d’une quantité précise à un endroit précis.

Nimitech développe des solutions composites pour les domaines de l’aérospatial/défense et depuis un an et demi bâtiment, naval, médical. Ils travaillent avec un chirurgien rachidien utilisant des implants composites (et non en titane car subissent mal la fatigue), les quelques pièces sur le marché étant onéreuses et manquant de variations de propriétés. Sur ses attentes et en apportant la vision industrielle dont il manquait, des prototypes ont été réalisés et un brevet est en cours de dépôt. Ils travaillent de plus sur le packaging d’une « paire de lunettes » pour traiter la cécité, sur des questions de dissipation de chaleur, légèreté,… déjà rencontrées dans d’autres domaines industriels.

Safety Data-CFH analyse les données textuelles (complexe : gérer la négation, les modes d’expression,…), initialement pour l’aéronautique, rencontrant l’enjeu de la collecte d’informations massives et la capacité à les traiter pour progresser – une tendance vers laquelle vont toutes les industries. Il est important d’avoir une bonne appréhension du risque pour ne pas le sous-estimer (danger) ni le surestimer (surcoût). Ils travaillent dans le médical avec UGECAM (gérant 225 établissements de santé) pour cartographier les risques à partir des déclarations d’événements indésirables.

Simsoft3D  développe des solutions pour augmenter la productivité industrielle, dont des assistants virtuels intelligents permettant notamment le dialogue en langue naturelle, pour réconcilier le technicien avec un environnement empli de données, d’objets connectés,… Ces outils sont actuellement mis à profit dans le cadre d’un projet visant à aider le soignant dans l’évaluation fiable des troubles cognitifs (actuellement sur papier, longue et complexe, peu reproductible). Le consortium dont ils font partie est financé par la Fondation MSD Avenir pour valider la faisabilité.

Novatem bénéficie d’une forte expérience sur l’assistance circulatoire (machine rotatives ou piézoélectriques), ils ont en particulier une collaboration avec FineHeart pour réaliser le moteur de l’implant d’assistance circulatoire qu’ils développent. Sur de tels sujets, la sûreté de fonctionnement est incontournable avec une durée de vie minimale à respecter. Leurs activités dans le médical et pour l’essentiel dans l’aérospatial trouvent ainsi des résonances communes (miniaturisation, sûreté de fonctionnement…).

Les interventions ont présenté des savoir-faire qui pourraient aussi potentiellement être transférés vers la santé :

  • la « sacoche de vol électronique » pour aider à la préparation et au suivi de la mission, co-développée avec les utilisateurs finaux, a été comparée par Thalès au dossier patient ;
  • l’analyse globale de la sécurité (safety liée aux défaillances possibles, security liée aux malveillances possibles) faite par les consultants spécialisés d’Apsys  en sûreté de fonctionnement (redondances, choix des technologies, fiabilité…) du hardware, du software, du « humanware » dans l’aéronautique pourrait bénéficier aussi au secteur des Dispositifs Médicaux évoluant dans un environnement similaire (complexité et connectivité croissantes, contexte hétérogène, enjeux similaires…) ;
  • plus spécifiquement, le LaBRI a présenté ses compétences en modélisation, vérification et test des systèmes avec de l’informatique (est-il possible de décrire et analyser le système ? Si oui développement algorithmique de prototypes, puis utilisation sur des exemples concrets avec des industriels), sans doute transposables au secteur médical qui ne semble pas encore avoir prêté assez d’attention à l’absence de bugs dans les logiciels (ex. des incidents dus au Therac-25);
  • les principaux outils de la fiabilité (une des composantes de la sûreté de fonctionnement) en aéronautique ont été présentés par H2P Solutions avec un accent final sur 2 outils : les essais aggravés de type Halt (température et vibration à partir d’équipements spécifiques), Carmat en particulier s’interrogeant avec eux sur l’intérêt de ce type de processus qui permet de déterminer des marges opérationnelles et destructives, et l’analyse de Weibull qui pourrait avoir du sens pour des Dispositifs Médicaux à base d’électronique ou de mécatronique.

Derrière ces nombreuses passerelles technologiques, les principaux freins qui ressortent de ces témoignages sont les différences de vocabulaire, l’approche du milieu médical différente de celle du monde industriel, et la difficulté à trouver un modèle économique pour les sujets d’e-santé. Aussi, les acteurs du pôle souhaitant se diversifier sont confrontés au petit nombre d’industriels du médical sur le territoire du pôle (très peu de gros acteurs qui poussent comme en aéronautique), et à une certaine fermeture de leur part.

Malgré une communication focalisée sur les industriels du Dispositifs Médical, cible première de l’événement, peu d’entre eux étaient présents. Les guichets financiers sont les guichets habituels une fois une première preuve de concept réalisée, et la démarche de co-développement est soulignée comme étant nécessaire pour un transfert réussi.

La réglementation n’apparaît pas comme une barrière, au contraire, le savoir-faire en termes de gestion réglementaire, de traçabilité des acteurs de l’aérospatial facilitent leur entrée vers le secteur médical (selon Novatem, les procédures de management par la qualité sont aussi lourdes dans les 2 secteurs, ils souhaiteraient d’ailleurs que celles-ci puissent plus facilement être mises en parallèle).

Enfin, les délais importants lorsqu’une étude clinique est nécessaire (ex. Nimitech sur un horizon de mise sur le marché de 8-10 ans pour leurs travaux amont nécessitant une étude clinique, 3-5 ans pour le projet n’en nécessitant pas) restent similaires à ceux rencontrés dans l’aéronautique.

Le Pr Fraysse, expert auprès de la Haute Autorité de Santé pour le « forfait innovation », a ensuite décrit le processus de développement d’un Dispositif Médical, de la phase de conception au marché, la plateforme EDIT du CHU de Toulouse dont il est porteur apportant un appui technique, médico- économique et méthodologique pour les études cliniques concernant le développement de Dispositifs Médicaux.

Un événement, le second Forum EDIT, est d’ailleurs organisé le 12 janvier au CHU de Toulouse avec des ateliers sur la simulation, le handicap, la cardiologie, réunissant chirurgiens et industriels.

Avant le marquage CE, il s’agit de démontrer en quoi le produit est mieux que l’existant, quelles conséquences sont possibles, il faudra aller ensuite plus loin car un DM sans financement n’a aucun avenir (prise en charge par la sécurité sociale en France), en démontrant avec une équipe de médecins que la taille de l’effet obtenu en vaut financièrement la peine (un dispositif un peu moins efficace et beaucoup moins coûteux que l’existant n’arrive pas sur le marché en France, cependant cela pourrait bientôt se produire).

La réglementation n’est pas trop lourde à condition d’avoir une étude bien faite (ex. d’une étude faite en 2 ans avec 46 malades, valide méthodologiquement, au contraire d’un autre dispositif pour lequel 20 ans ont été nécessaires pour obtenir le remboursement…).  Différents critères rentrent en compte dans l’évaluation, le gold standard étant la randomisation contrôlée. Soit l’innovation est incrémentale et le DM sera alors remboursé au même prix que l’existant, soit elle est de rupture.

Le forfait innovation aide financièrement les industriels français à passer la phase de développement (étude clinique) avant d’obtenir la prise en charge du DM, il suffit d’avoir fait la démonstration d’absence de risques et mis en valeur qu’il s’agit d’une innovation de rupture pour pouvoir y prétendre.

Pour l’instant une quarantaine de sociétés ont candidaté au forfait innovation, quelques «gros» du biomédical et surtout des start-ups et PME.

Enfin, Jean-Jacques Romatet, ancien Directeur Général des CHU de Toulouse, Nice et de l’AP-HM de Marseille, actuellement chargé de mission transfrontalière pour les ARS Aquitaine et Languedoc Roussillon Midi-Pyrénées, a conclu sur l’événement.

A Toulouse, l’écosystème exceptionnel permet déjà des synergies entre l’aéronautique et la santé (le MEDES par exemple est une émanation d’un travail conjoint entre le CNES et le CHU de Toulouse), tous les ingrédients sont là pour continuer à les renforcer. Des freins existent toutefois, d’ordre culturel (initialement santé moins sur la sécurité, les accidents étant plus souvent individuels que collectifs, à la différence de l’aéronautique – suite à des accident sériels, le CHU avait d’ailleurs travaillé avec Air France), organisationnel (des territoires différents et qui changent, importance de faire tomber quelques murs et de construire des ponts), l’e-santé n’a toujours pas progressé (pas de modèle économique clair, important de réussir à influencer le politique), les acheteurs en santé ne sont pas toujours le client (l’assurance maladie peut être l’acheteur), ces 2 derniers points étant clairs pour le secteur du Dispositif Médical mais pas toujours en e-santé.

Il faut maintenant travailler plus en profondeur sur le partage des cultures, avec les professionnels mais aussi dès les phases de formation (doctorats, etc.). L’oncopole est un bon exemple d’hybridation, réunissant sur le même lieu chercheurs, industriels, hôpital. De même, la plateforme EDIT part d’une demande des industriels. Dans cette co-construction, il s’agit aussi d’y associer l’usager final, il serait d’ailleurs intéressant d’intégrer des associations de malades, demandeurs et moins conservateurs que nous.

Trois pistes pour donner plus de vie à l’écosystème :

  • mieux faire vivre cette synergie à Toulouse en mettant autour de la table les responsables des principales institutions (que faire évoluer entre nous ?), avec différentes compétences (évoquées plus haut, juridiques,…).
  • travailler sur les frontières qui séparent l’ex région Midi-Pyrénées des deux voisins : Aquitaine et Languedoc-Roussillon, ne pas se laisser enfermer dans ces frontières.
  • tout comme l’Université d’été de la e-santé à Castres est devenue un événement d’envergure nationale, faire d’ « Aerohealth » un événement de référence reconduit chaque année, associant plus largement d’autres partenaires.
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Pôle de compétitivité mondial des régions Aquitaine et Midi-Pyrénées dans les domaines : aéronautique, espace, systèmes embarques et transfert de technologie de l'aéronautique et du spatial au médical

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