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Dr Alexis Delemar – Médecine de demain et e-patient

Les évolutions du système de santé Français – La médecine libérale, comme chacun des domaines économiques, n’échappe pas aux transformations et à la révolution numérique. Les flux de financement se diversifient, la relation médecin-patient évolue, portée par internet, et la pratique médicale se transforme notamment grâce aux NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et Cognitive)

Première partie : la médecine de demain et l’e-patient 

Historiquement portée par l’éducation thérapeutique des patients atteints de maladies chroniques, l’information médicale grand public s’est structurée grâce aux associations de patients et a été soutenue par les médecins référents. La généralisation d’internet notamment des sites d’informations médicales et de forums (Doctissimo° en tête…) à profondément augmenté la « culture générale santé » du patient. Même si le contenu éditorial de certains sites apparaît de qualité variable, le patient, fort de la puissance algorithmique des moteurs de recherche, se sent légitimé dans sa connaissance et applique une méfiance exacerbée vis à vis du message transmis par son médecin.

medecin-epatient

D’un dialogue singulier, la relation devient triangulaire et parfois même inégale au dépens du thérapeute. Car si le patient s’informe, il n’en demeure pas moins complexe pour le grand public de procéder à une démarche clinique de qualité : la formulation des interrogations du patient reste souvent partielle et incomplète (description symptomatique limitée, raisonnement par analogie, preuve par l’exemple, témoignage généralisé, analyse syndromique inexistante…).

Néanmoins, on ne peut nier que les connaissances médicales brutes du patient ont explosé et il semble difficile de maintenir une pratique médicale efficace sans prendre en compte ce changement. D’autant plus qu’une nouvelle phase s’amorce, intégrant les récentes innovations en intelligence artificielle et en big data, avec le développement de sites de médecins virtuels en ligne proposant des algorithmes décisionnels puissants, décrits comme fiables par leurs concepteurs et surtout évolutifs de part leur caractère auto-apprenant. Ces derniers proposent au patient de décrire de façon intuitive leurs symptômes et proposent ensuite un diagnostic, une conduite à tenir et même un service de géolocalisation d’un professionnel de santé. Le terme « d’uberisation de la santé »  prend ici tout son sens (Docforyou°, Dr sport°, MedVir°). La démarche du patient devient maintenant proactive.

Le médecin Z 

En 2016, il n’est plus rare de rencontrer pour la première fois un patient dont l’auto-diagnostic est déjà profondément ancré dans son esprit. Si les médecins virtuels pourront certainement désengorger des soins de premier recours parfois saturés (cf les service d’accueil des urgences) et probablement dans certains cas produire un gain de temps dans la prise en charge, il faut garder à l’esprit deux éléments :

  • sur une population globale, a fortiori, malade la description symptomatique n’est pas toujours (loin s’en faut) aisée
  • d’autre part, il ne faut pas sous-estimer la puissance du rapport humain dans la compréhension et la caractérisation d’une pathologie (atteintes psychosomatiques, accidents du travail, douleurs projetées, isolement des seniors)

Au médecin de démêler une approche parfois approximative (voir délétère) pour le patient, à l’origine d’errements diagnostiques ou de retard de prise en charge, le patient encouragé dans sa démarche par des témoignages internet pouvant parfois court-circuiter l’avis médical et directement orienter vers une thérapeutique dite « parallèle ». 

En revanche, et c’est souvent le cas dans les maladies rares « orphelines » un patient disposera de connaissances parfois pointues et encyclopédiques tout à fait pertinentes s’il a été bien orienté et pourra ainsi entamer un dialogue constructif avec médecin qui pourra si besoin le guider et/ou l’éclairer dans ses recherches afin de hiérarchiser l’information.

D’un rôle traditionnel de « diagnostiqueur » et de thérapeute, le médecin se doit aujourd’hui d’accompagner son patient dans le tri et la hiérarchisation des informations trouvées sur internet afin de proposer une prise en charge adaptée.

Dans ces conditions, le rôle humaniste et pédagogue du médecin sera vraisemblablement renforcé. Par ailleurs si des postes de soins de premiers recours seront probablement menacés, de nombreux postes en santé publique seront certainement à pourvoir, dans l’optique d’une part de renforcer la médecine préventive aujourd’hui insuffisante et d’autre part pour analyser et utiliser les donnés du big data santé en pleine croissance. La puissance de calculs informatiques couplée aux bases de données permettent de développer des études épidémiologiques efficaces pour une prévention ciblée et adaptée.

Les pouvoirs publiques et les acteurs financiers privés ont bien compris l’importance du data pour soutenir la médecine préventive et réaliser des économies (hackathon de scores prédictifs d’hospitalisation, objets connectés de suivi, consultation en ligne…)

Ces nouveaux métiers de la médecine de demain pour accompagner voire initier les start-ups e-santé seront très vraisemblablement un débouché supplémentaire pour la génération Z médicale qui vivra cette révolution.

Source dessin : ©Aster – dessindepresse.com

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Médecin radiologue, spécialisé en imagerie ostéo-articulaire à Lille

Il y a 2 commentaires

  • […] de billets, infographies ou encore sélection de livres. Certains articles sont publiés sur Connected Mag site dédié e-santé. J’interviens également comme rédacteur pour une revue dédiée  […]

  • […] avoir parlé des e-patients, http://www.theconnectedmag.fr/medecine-demain-epatient/ voici la seconde partie : Réorganisation des flux […]

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