Droit - Economie
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Modèle économique et santé interconnectée

e healthQuand on parle de santé interconnectée, il est une question qui revient systématiquement :

« oui d’accord, c’est bien joli tout ça mais qui paye ? ».

En clair, quel est le modèle économique permettant de financer l’écosystème.

Car c’est vrai, tous les analystes s’accordent sur des chiffres vertigineux en matière de potentiel de marché, que ce soit en matière d’objets connectés que d’autres services liés à la santé interconnectée. Mais nous savons tous qu’en France, et cela se confirme avec le vote du tiers-payant généralisé, que personne ne veut payer pour sa santé…

On sait également que l’achat d’un objet de santé connecté représente au bas mot une centaine d’euros pour les entrées de gamme, que le moindre service a un coût pleinement justifié mais pour lesquels les patients ne sont pas forcément prêts à débourser le moindre centime.

Faire reposer le système sur les professionnels de santé serait tout aussi aberrant dans la mesure où ceux-ci croulent sous les charges, taxes et, selon les derniers baromètres, semblent avoir le moral en berne notamment dû à la sensation de perte de revenus et l’arrivée de la concurrence du web pour les pharmaciens. Peu seraient enclins à se lancer dans de nouveaux investissements.

Cependant, initiée en 2012 par l’entrée en vigueur de la convention de juillet 2011, la ROSP, rémunération sur objectifs de santé publique, a introduit dans le mode de rémunération des professionnels de santé des critères qualitatifs valorisés financièrement.

Ces critères s’organisent en deux volets principaux, eux-mêmes subdivisés en volets complémentaires.

Pour faire simple rappelons qu’un volet dénommé « organisation du cabinet » repose principalement sur l’équipement informatique du cabinet (et l’œil averti aura vu se dessiner le DMP en filigrane) et un volet médical qui, sans juger de la pertinence ou non du dispositif, évalue la pratique des médecins selon les thématiques du suivi, de l’éducation thérapeutique, de la prévention pour ne citer qu’eux. Cette évolution majeure du mode de rémunération des médecins doit d’ailleurs largement satisfaire les fabricants de vaccins s’étant si longtemps battus pour faire reconnaitre les bénéfices économiques de la vaccination et ayant si longtemps trouvé porte close à leurs arguments.

Aux dires de Monsieur Van Roekeghem, alors directeur de la CNAM, ce système s’autofinance trois fois. A savoir, pour chaque euro donné à un professionnel de santé dans ce cadre, la CNAM en économise trois.

On sait que basculer d’un système de soins, gérant essentiellement de l’aigu à un système de santé prenant compte de la globalité du patient, de son suivi et de sa vie sera, avec une adhésion des patients, source d’économies substantielles.

Certains économistes ont évalué ces gains et parlent de chiffres allant de 10 milliards d’Euros par an à beaucoup plus pour la seule France. Rien que le DMP, serait supposé faire économiser 4 milliards d’euros selon les arguments avancés par monsieur Bayrou lors de sa campagne présidentielle de 2012…

De plus, les dépenses de santé vont croissantes, les ménages étouffent sous la pression fiscale, la baisse du pouvoir d’achat, les politiques se veulent économes face à une dette galopante et des impératifs européens.

  • Qui n’a pas promis de baisser les dépenses publiques ?
  • Quel politique n’a pas argumenté sur la rigueur ?
  • Quel politique n’a pas promis de résorber la dette ?

La réalité des chiffres c’est que le chômage ne diminue pas, la dette s’accroit, les Français semblent vouloir des actes et désavouent, quelqu’elles soient les politiques menées  – en même temps avec des budgets votés en déficit de plus de 3% du PIB chaque année comment pourrait-il en être autrement ?? – et cette réalité apporte tous les arguments nécessaires à la santé interconnectée pour exister.

En effet, le dispositif de la ROSP a été, pour la partie informatique en tout cas, calculé sur la base de ce que coûte l’informatisation d’un cabinet médical à un médecin. Les chiffres ne sont pas liés au hasard et peu ou prou l’informatisation d’un cabinet médical coûte à peu près ce que verse la caisse aux médecins ayant des systèmes d’information répondant aux critères.

Ce système, motivé rappelons-le par la génération d’économies, ne peut-il pas évoluer pour prendre en compte et soutenir le développement de la santé interconnectée ? Cela parait pourtant tout indiqué. En effet, n’avons-nous pas entendu Monsieur Valls chercher 50 milliards d’euros d’économies pour son budget ?

C’est un cercle vertueux qui doit s’initier dans l’écosystème par des investissements industriels, des actions initiées par les associations de patients, les instances représentatives des professionnels, et la France, grand marché pour la santé s’il en est, peut montrer son soutien par différents leviers comme l’évolution de la ROSP mais également comme nous en avons entendu parler par remboursement des objets connectés (ce qui suppose une prescription par un médecin et une délivrance par un pharmacien et une « normalisation » de la qualité des objets) et ceci en générant des économies et créant des emplois. Et ceci sans compter sur les économies additionnelles générées par les avancées scientifiques que permettront les études de cohortes de taille conséquente, sur des critères encore jamais étudiés, avec un niveau de coût très bas et une productivité incroyable. Avancées qui, selon les prévisions « transhumanistes » chères à Laurent Alexandre, suivront la courbe exponentielle des avancées de la puissance de calcul des machines qui suivent les prévisions de Gordon Moore.

C’est donc avant tout une question de prise d’initiative, plus qu’une question de modèle économique. En effet, les éléments de contexte sont favorables à l’émergence de la santé interconnectée, maintenant la question qui demeure et reste entière, qui fera le premier pas ?

  • Les politiques,
  • les associations de patients ?
  • Les instances représentatives des professions ?
  • Les entreprises ?

Qui de ces gens prendra le premier risque pour entrainer avec (derrière, avec ???) lui le reste de l’écosystème où chaque intervenant est interconnecté et interagissant avec l’autre ?

Des négociations doivent s’engager, des actions doivent s’initier, la prise de conscience de cet espace de profitabilité doit se faire !

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Il y a 1 commentaire

  • […] Quand on parle de santé interconnectée, il est une question qui revient systématiquement : « oui d’accord, c’est bien joli tout ça mais qui paye ? ». En clair, quel est le modèle économique permettant de financer l’écosystème. Car c’est vrai, tous les analystes s’accordent sur des chiffres vertigineux en matière de potentiel de marché, que ce soit en matière d’objets connectés que d’autres …  […]

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