Médecine
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Dr Loïc Etienne – Médecine 3.0, késako ?

tensioMédecine 3.0, le troisième volet de la saga du Dr Loïc Etienne. Les précédents articles : Sans les ordinateurs, le génome humain n’aurait jamais été découvert – Médecine 2.0 : juste après l’ère du Minitel !

Nous sommes aux portes d’une nouvelle façon d’exercer la médecine, et par conséquent d’une nouvelle façon d’envisager la relation médecin-patient. Celle-ci n’est plus de la médecine hic et nunc, elle est multiple, délocalisée et asynchrone, grâce à la télémédecine qui est une réalité inscrite dans le décret sur la télémédecine, grâce aux nouvelles technologies, et grâce au web 3.0.

Quelques points d’ancrage :

  • La relation médecin-patient restera toujours (je pense et je l’espère) fondée sur le colloque singulier. Ce point mérite une véritable discussion, car on ne peut plus envisager l’exercice solitaire de la médecine.

En effet, comme le précise Henri Verdier dans « La fin du colloque singulier »,  « La relation médicale fondée sur le « colloque singulier » n’a plus de raison de structurer l’ensemble de l’écosystème de santé: un seul médecin ne peut plus être le pivot de l’organisation des soins: l’exercice collectif de la médecine s’impose »

 .Je m’inscrirai toutefois en faux face à cette fin du colloque singulier. S’agit-il de la fin du colloque singulier, ou plutôt la fin de l’exercice solitaire de la médecine ? Et dans ce cas, la relation multiple qui s’instaurera, du patient avec les communauté de patient, et du patient avec la multitude de spécialistes qui se pencheront sur son chevet risque d’aboutir à un morcellement du patient, et à une explosion de la plainte du patient entre des écoutes multiples. Or on sait bien à quel point il est important pour un patient, surtout lorsque la souffrance est immense et le désarroi total, de pouvoir se confier, de telle façon qu’une « confiance rencontre une conscience » .

Je pense que le numérique ne doit donc pas tuer le colloque singulier, il doit simplement le faire évoluer de la même façon que l’introduction du téléphone n’a pas détruit la relation humaine, il lui a simplement donné des dimensions supplémentaires.

  • La médecine 3.0 passe déjà par le web 2.0. Mais ce n’est qu’une étape à mon sens.

La médecine 3.0 au risque de se perdre doit se fonder sur les bases du web3.0, qui est entièrement à construire, dans sa dimension technique, mais surtout dans sa dimension éthique. Sans éthique au centre de la médecine 3.0 comme du web 3.0, la judiciarisation au nom du risque zéro, grippera tout.

  • La médecine 3.0 sera ubiquitaire, utilisant les outils de la télémédecine : téléassistance, télésurveillance, téléconsultation, conseil médical, téléexpertise, et sans doute à terme d’autres actions commençant par « télé ».

Cette action à distance nécessite des capteurs intelligents, des outils de diagnostic à distance (système experts d’aide à la décision), et des protocoles de surveillance à distance.

  • La médecine 3.0 nécessitera une certaine délégation des tâches, pour des raisons pragmatiques (on manque de médecins et on en manquera de plus en plus en raison du vieillissement de la population), pour des raisons économiques (la santé peut être un formidable secteur d’emplois, en permettant une reconversion de chômeurs dans ces nouveaux métiers), et (certaines tâches aujourd’hui assurées par les seuls médecins, pourront être déléguées dans un cadre très précis à des non médecins, qui pourront être des infirmières, d’autres professionnels de santé comme les pharmaciens, et à terme par des professions à inventer, comme celle « d’assistants sanitaires », investissant la santé comme les assistantes sociales ont investi le territoire du social après la 2e Guerre Mondiale).
  • La médecine 3.0 va nécessiter un cadre réglementaire, notamment fixant la répartition des tâches selon des protocoles. Cette protocolisation va nécessiter de repenser les rôles de chaque acteur.
  • La médecine 3.0 va nécessiter un cadre assuranciel : quelle sera la responsabilité de chacun ? La limite de cette responsabilité ? Le tarif auquel chacun sera payé ? La prise en charge de ces actes par les assurances (régime obligatoire et régime complémentaire.)
  • Les systèmes de capteurs et de systèmes d’aide à la décision, font déjà, et feront appel à internet comme moyen de transmission des données, donc comme on l’a vu dans le cadre du Web 3.0. On sera donc dans le « web des objets », c’est à dire la capacité qu’auront les capteurs et les machines de dialoguer entre eux de façon interactive, voire avec une veille automatisée.
  • La miniaturisation de la médecine, la venue des ordinateurs biologiques et implantables, amènera alors à un changement de paradigme, que l’on peut appeler selon Joël de Rosnay, le web 4.0.

De nouvelles questions éthiques se poseront alors, concernant en particulier la liberté de l’individu : que restera t-il comme liberté à l’individu, une fois que pisté dans les moindres recoins de son corps, il ne pourra plus se soustraire à la norme dictée par les machines implantées, au risque de se trouver soudain… déconnecté !

Certains points peuvent sans doute paraître un peu hermétiques. Vous pouvez si vous le souhaitez revoir maintenant le schéma de l’historique de la médecine 3.0.

Le débat est ouvert !

Source : www.zeblogsante.com

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Médecin urgentiste, expert en automédication et en télémédecine. Pdt fondateur de MIS Medical Intelligence Service - #santé 3.0 et #médecine 3.0

Il y a 1 commentaire

  • […] transformé la médecine. On peut désormais parler de médecine 3.0, selon les termes pensée 3.0 que j’ai posé dans […]

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