Données de santé
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La réalité de la révolution Blockchain en santé

blockchainActuellement, la Blockchain reste un concept encore mal compris. Et pourtant, cette technologie fait la une partout ! Quel que soit l’endroit autour de la planète, tout le monde parle de la Blockchain ! Mais malgré toute cette médiatisation, ce concept technologique semble encore difficile à cerner pour beaucoup d’entre nous. Ce qui en fait l’une des technologies les plus mal comprises encore en 2017.

Cette confusion autour de cette « chaîne de blocs » peut être attribuée à la fois à son origine ambiguë (Satoshi Nakamoto, pseudonyme de l’«inconnu» qui a conçu le Bitcoin ou ce que l’on appelle aussi la crypto-monnaie ou monnaie virtuelle, avec sa mise en œuvre originale, notamment lors de la première base de données dite « chaine de blocs »), mais cette controverse peut également être corrélée à l’absence de toute définition standardisée de cette technologie.

Néanmoins, l’impact probable de la Blockchain sur les entreprises et les différentes industries amène un besoin primordial de comprendre cette révolution, tout en distinguant l’emballement médiatique de la réalité.

Nous allons essayer ici de vous parler de la Blockchain de façon simplifiée afin de vous permettre de mieux appréhender et de mieux comprendre ses implications dans le domaine de la santé.

Alors, qu’est-ce que la Blockchain ?

Si nous filtrons tout le hype et le jargon technologique, la technologie de la Blockchain est simplement un enregistrement distribué et immuable (écrire une fois et seulement en lecture seule) d’événements numériques partagés entre différentes parties (système de base de données en réseau). Autrement dit, il s’agit d’une « technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle » (définition de Blockchain France).

Pour l’essentiel, les avantages fondamentaux d’un système en chaîne de blocs résident dans l’intégrité des données et l’immutabilité en réseau. Ceci dit, il est toujours possible de créer des couches d’applications au-dessus d’un système de chaîne de blocs et d’activer des fonctionnalités supplémentaires telles que des clés publiques ou privées, ou des mécanismes mécaniques (par exemple des contrats intelligents, les fameux « Smart Contracts ») mais ce n’est pas la fonctionnalité principale de la Blockchain.

De manière encore plus simple, dans les années 1980-1990, « Internet » était le concept et mot en vogue à cette époque et une ambiguïté naquit autour de son utilisation et de sa définition (par exemple: Internet = courrier électronique ? Ou Internet = Web ?).

Il en est de même aujourd’hui avec le doute existant autour des chaines de blocs. Cette confusion actuelle, relative à la technologie Blockchain, n’est pas due à ses propriétés fondamentales, mais plutôt due à l’excitation autour des cas d’utilisation encore non prouvés concernant sa mise en application, qui sont souvent confondus avec la technologie de la chaîne de blocs de base.

Aujourd’hui par exemple, beaucoup de personnes identifient généralement la chaîne de blocs au Bitcoin qui est de loin la mise en œuvre la plus connue de la technique de la blockchain. Mais le Bitcoin n’est en fait que la face visible de l’iceberg qui correspond en réalité à plusieurs centaines d’applications pouvant utiliser le système de la Blockchain aujourd’hui.

Aussi pourrions-nous dire, par analogie, que pour l’industrie de la santé, le système de la Blockchain est sans aucun doute déstabilisant mais aussi très prometteur. Cependant, ce système ne sera pas une “baguette magique” résolvant les problèmes émergents de l’écosystème numérique de la santé qui se veut interconnecté et dont l’évolution est rapide. Il s’agira davantage d’une transformation évolutive pour les applications, ou les systèmes de parcours de soins axés sur les Blockchains, où confiance et gouvernance au sein d’un réseau en Blockchain ou du consortium seront les facteurs critiques de succès pour sa mise en œuvre.

Quels sont les cas d’utilisation les plus prometteurs basés sur les chaines de blocs pour l’industrie de la santé ?

Au-delà des “fantasmes” sur la Blockchain dans l’industrie Fintech, cette technologie commence à inspirer des mises en application potentielles relativement faciles à réaliser mais plus spéculatives dans le secteur de la santé. Les autorités sanitaires, les gouvernements et les fournisseurs à l’échelle mondiale sont également enthousiasmés par les nouvelles possibilités proposées par la Blockchain.

Néanmoins, l’industrie doit se concentrer sur la création de consortiums de chaines de blocs pour favoriser les partenariats entre les écosystèmes et créer des normes ou des cadres d’utilisation pour la future mise en œuvre à grande échelle dans l’ensemble des systèmes de soins.

La Fondation Hyperledger, qui a fédéré une collaboration mondiale en open source pour faire progresser les technologies de chaînes de blocs inter-industries, est un excellent exemple parmi les nombreux modèles de consortiums développés au sein des systèmes de soins.

Malgré l’euphorie actuelle, nous devons comprendre et décoder l’engouement médiatique pour la technologie Blockchain et la réalité de ses applications dans le domaine de la santé. Ce faisant, nous croyons que, parmi plusieurs centaines de cas d’utilisation, cinq cas d’utilisation possible dans le parcours de soins basés sur les Blockchains présentent des opportunités plus convaincantes et seront exposés ci-dessous, bien que leur intégration dépendent des Etats et de leurs systèmes de santé.

Échange de données sur la santé clinique et interopérabilité :

Lorsque nous parlons de Blockchain et de parcours de soins, l’échange de données est généralement le premier sujet à aborder. Nous parlons là des systèmes informatiques de santé compatibles avec les chaines de blocs qui peuvent fournir des solutions technologiques à de nombreux défis, y compris l’interopérabilité des données de santé, l’intégrité, la fiabilité et la portabilité des données appartenant aux utilisateurs.

Plus fondamentalement, la Blockchain pourrait permettre l’émergence de systèmes d’échanges de données qui seraient cryptées, sécurisées et irrévocables. Cela permettrait un accès transparent, et en temps réel, aux données historiques des patients, tout en économisant du temps et le coût de la reconstitution de ces données.

La collaboration récente entre Guardtime, la société de sécurité centrée sur les données et la Fondation estonienne eHealth  pour sécuriser les enregistrements sanitaires d’un million de citoyens estoniens utilisant son Keyless Signature Infrastructure (KSI) est un exemple classique d’utilisation de la technologie de la Blockchain. Toutefois, compte tenu des complexités relatives à la propriété des données et à la structure de gestion pour l’échange de data en santé entre les entités publiques et privées, il serait difficile de reproduire globalement le modèle de registres de santé sécurisé en Estonie.

Arbitrage des réclamations et gestion de la facturation :

Environ 5 à 10% des coûts des soins en santé sont frauduleux, résultant d’une fausse facturation ou d’une facturation excessive pour des services non exécutés. Par exemple, aux États-Unis, la fraude de Medicare a provoqué à elle seule des pertes proches du milliard de Dollars au total !

Les systèmes basés sur la Blockchain peuvent fournir des solutions réalistes pour minimiser ces fraudes liées à la facturation médicale. En automatisant la majorité des procédures de règlement des réclamations et de traitement des paiements, les systèmes de chaînes de blocs pourraient aider à éliminer le besoin d’intermédiaires et à réduire les coûts administratifs ainsi que les délais pour les fournisseurs et les payeurs.

La Blockchain pourrait également permettre des ramifications significatives pour améliorer l’un des plus importants défis qu’est le  suivi de l’information logistique des fonctions de maintenance centrée sur la fiabilité (RCM). Récemment, Gem Health, un fournisseur de plateformes d’application de chaines de blocs pour les entreprises, a collaboré avec Capital One pour développer des solutions de gestion de sinistres de soins en santé.

Intégrité et provenance de la chaîne d’approvisionnement en médicaments :

Selon les estimations de l’industrie, les entreprises pharmaceutiques subissent une perte annuelle estimée à 179 milliards d’euros en raison de médicaments contrefaits à l’échelle mondiale. Environ 30% des médicaments vendus dans les pays en développement sont considérés comme des contrefaçons !

Un système basé sur une chaine de blocs pourrait assurer un journal tracé, un suivi de chaque étape de la chaîne d’approvisionnement au niveau du produit. En outre, les fonctionnalités complémentaires telles que les clés privées et les contrats intelligents (Smart Contracts) pourraient contribuer à prouver la propriété et la source des médicaments à n’importe quel point de la chaîne d’approvisionnement et à gérer les contrats entre les différentes parties. Par exemple, une entreprise appelée iSolve LCC travaille actuellement avec de multiples entreprises pharmaceutiques pour mettre en œuvre ses solutions de chaines de blocs couplées à d’autres nouvelles technologies pour aider à gérer l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement en médicaments.

Sondages cliniques pharmaceutiques et recherche en santé :

On estime que 50% des essais cliniques ne sont pas signalés. Par conséquent, les chercheurs ne parviennent souvent pas à partager leurs résultats d’étude (par exemple, près de 90% des essais sur ClinicalTrials.gov manquent de résultats). Ceci crée des problèmes de sécurité essentiels pour les patients et des lacunes en termes de connaissances pour les intervenants en santé et les décideurs en matière de santé.

Les enregistrements immuables appliqués aux essais cliniques, aux protocoles et aux résultats susceptibles d’aboutir à l’horodatage entre autres, pourraient solutionner les problèmes de changement de résultat, de « snooping » de données et de rapports sélectifs, réduisant ainsi l’incidence de la fraude et de l’erreur dans les dossiers d’essais cliniques. En outre, les systèmes à base de chaine de blocs pourraient aider à créer une collaboration sans précédent entre les participants et les chercheurs autour de l’innovation !

Cybersécurité et IoT en santé :

Selon le rapport du baromètre Protenus, il y avait un total de 450 violations de données de santé en 2016, affectant plus de 27 millions de patients. L’origine d’environ 43 % de ces violations était interne et 27 % causées par le piratage et le « ransomware » (c’est ce qu’on appelle un rançongiciel ou logiciel de rançon qui est un logiciel malveillant qui prend en otage les données personnelle puis demande à leur propriétaire d’envoyer de l’argent en échange de la clé qui permettra de les déchiffrer, c’est très à la mode et très dangereux, les hôpitaux britanniques en ont été victimes récemment).

Avec la croissance actuelle des objets connectés en santé, il sera très difficile pour l’infrastructure informatique de la santé de soutenir les écosystèmes IoMT (Internet of Medical Things) en constante évolution.

D’ici à 2020, on estime à 20 milliards, en santé, le nombre d’IoT et de périphériques connectés qui seront utilisés dans le monde !

Les solutions de gestion de la Blockchain sont susceptibles de combler ces lacunes d’interopérabilité des données tout en assurant la confidentialité et la fiabilité autour des IoMT. Des sociétés telles que Telstra (biométrie de l’utilisateur et maisons intelligentes), IBM (Cognitive Internet of Things) et Tierion (maintenance préventive industrielle de dispositif médical) travaillent actuellement activement autour de ces cas d’utilisation.

Dr Adnan El Bakri avec la participation de Orora Vicenzi et Christophe Legros (équipe InnovSanté)

Différentes sources dont Forbes, Blockchain France et revue de la littérature
Source photo : artisoft.fr

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Adnan El Bakri, 30 ans est interne en chirurgie urologique en dernière année et chercheur en Big Data et Intelligence Artificielle. D’origine Libanaise, arrivé en France avec un Baccalauréat Libanais, il a été naturalisé Français en 2016 au mérite par le Président de la République. Il a fondé en 2016 une startup, InnovSanté - InnovHealth, proposant une chaîne de sécurité sociale universelle numérique via un Passeport Vital (dossier médical électronique international). Il est Vice-Président du Conseil National des Jeunes Chirurgiens (CNJC) qui siège à l'Académie de Chirurgie. Il a également été nommé Président de la commission internationale de France eHealthTech (Qui fédère 150 sociétés de e-santé). Il vient d’être diplômé à Paris d’un DEA M2R après avoir élaboré un algorithme prédictif de métastase dans le cadre d’un projet de recherche sur du Big Data spectral appliqué au cancer du rein, une première. Enfin, le Dr El Bakri figurait parmi les prestigieux orateurs du dernier e-HealthWorld à Monaco où il a animé l'atelier Blockchain.

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  • Voltz dit :

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