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Médecine 3.0
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Les interviews e-santé : Dr Cécile Monteil

Bonjour Cécile, tout d’abord merci pour le temps que vous nous accordez. Nous nous sommes malheureusement ratés au Festival de la Communication Santé, mais je souhaitais échanger avec vous car votre approche m’intéresse beaucoup ! 

Cecile Monteil interview

  • Question classique mais indispensable, pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

En un mot, je suis médecin. En un peu plus long, je partage mon temps entre les urgences pédiatriques de l’hôpital Robert Debré, la start-up Ad Scientiam à La Pitié Salpêtrière, qui développe des outils d’évaluation médicaux numériques via le smartphone et les objets connectés, et Eppocrate, l’association que j’ai fondée pour éveiller la communauté médicale aux nouvelles technologies et faire un lien avec le monde « tech« .

Ces activités sont très différentes mais elles se nourrissent toutes entre elles pour une même cause : mieux prendre soins de nos patients ! Article What’up Doc en cliquant ici

  • A l’instar de Guy Vallencien dans sa très bonne présentation à #S3Odeon vous prônez un retour du médecin à la pratique d’un art centré sur le patient plutôt que sur l’administratif et la prescription. Ce changement devant être facilité par l’apport des objets connectés de santé et la esanté en général. Quels sont les retours des médecins aujourd’hui à ce sujet ?

Les jeunes générations et les médecins qui se sont penchés sur le sujet de la e-santé sont extrêmement enthousiastes ! Ils voient dans les nouvelles technologies une opportunité de gain en efficacité et en temps, qui leur permettra d’être plus disponible pour leurs patients et de mieux soigner. Mais aujourd’hui, le constat est sans appel : nous sommes encore loin de ce tableau idéal.

Les solutions proposées sont souvent éloignées de la réalité, ce qui les motivent de plus en plus à s’impliquer directement dans les projets de esanté, pour concevoir de meilleures solutions.

Quant aux autres médecins, les réactions sont plus mitigées. N’ayant jamais reçu de formation ni d’information ciblée sur le sujet, les messages proviennent surtout des médias. Et que peut-on y voir ? Des livres ou articles montrant les médecins comme des dinosaures voués à disparaitre. Des pubs d’applis et objets connectés vantant des fonctionnalités d’envoi des données 24/24 au médecin pour qu’il puisse les suivre et les analyser à tout bout de champ (mais quand ??)…

On peut alors comprendre certaines réactions de repli ou de rejet. Ces messages font sensations et font vendre mais ils ne sont pas réalistes. Il y a encore du travail à faire en terme de communication !

  • Avez-vous un exemple concret d’objet connecté qui changera le monde de la médecine dès demain ?

Les potentialités sont nombreuses mais il faut bien différencier l’innovation dans l’objet lui même, dans le fait qu’il soit connecté (envoi des données récoltées à distance) ou dans son utilisation. Par exemple, Scanadu Scout, qui prend toutes les constantes du patient en moins de 10 secondes est innovant en terme d’objet. Le pacemaker connecté est innovant dans sa connexion, pour mieux prévenir les problèmes cardiaques à distance, et la balance connectée devient médicalement intéressante lorsqu’elle est utilisée pour monitorer le poids des patients insuffisants cardiaques et prévenir les décompensations.

  • On parle beaucoup de confidentialité et de sécurité pour les données de santé. C’est évidemment un point crucial dans l’adoption grand public de ces technologies, est-ce aujourd’hui le frein majeur à la démocratisation de la santé connectée ?

La confidentialité et la sécurité des données sont des pré-requis obligatoires pour pouvoir proposer ces technologies à nos patients, tout comme la transparence sur le devenir de ces données. Ceci étant, je pense qu’aujourd’hui, les freins auxquels nous faisons face sont ceux du manque de pertinence et du manque de confiance.

Le manque de pertinence vis à vis de notre pratique médicale et de la vie de nos patients est souvent due à l’absence d’implication des médecins et des patients dans la conception et le développement de ces solutions, ainsi que de la course à la vente sans se soucier de l’utilisation au long cours.

Le manque de confiance, quant à lui, vient d’un manque de validation scientifique et médicale de ces solutions. Comment un médecin ou un patient peut-il promouvoir ou adopter un objet s’il n’est pas certain de sa fiabilité ?

  • Quels objets et/ou applications utilisez-vous dans votre pratique quotidienne ?

J’utilise les applications traditionnelles de calcul de l’IMC, de clairance de la créatinine et un équivalent du Vidal, mais aussi MedPics, une appli de partage de photos entre médecins. J’y apprends toujours plein de choses ! Nous n’avons pas d’objets connectés à l’hôpital mais j’en ai personnellement quelques uns (tensiomètre, glucomètre, oxymètre connectés) que j’ai essayé et que j’utiliserai volontiers si j’étais installée. J’ai aussi commandé le stéthoscope connecté EKO à Noël !

C’est en marchant qu’on apprend. Pendant un temps, il y a eu beaucoup d’excitation autour de la santé connectée, notamment dans le domaine du « bien-être« . Puis petit à petit, la réalité a repris le pas et on se rend compte qu’appliquer la technologie à tout et n’importe quoi en médecine n’est pas une solution.

Nous sommes dans une phase de prise de conscience. La santé connectée peut apporter beaucoup à la médecine, mais il faut pour cela identifier les besoins, vérifier que la technologie soit une solution adaptée, et créer des outils dont la sécurité et l’efficacité médicale soient démontrés. C’est un challenge à relever !

  • Aujourd’hui Ad Scientiam et Eppocrate ont démarré dans l’hexagone, avez-vous des ambitions internationales à court ou moyen terme à l’instar de Visiomed

Ad Scientiam est une société qui développe des outils d’évaluation digitaux des maladies et qui réalise des essais cliniques, il est donc tout naturel d’être international ! Nos outils sont conçus pour fonctionner dans différentes langues, et nous travaillons déjà avec d’autres pays comme le Canada et les USA.

Pour Eppocrate, c’est une autre histoire ! A l’époque, il n’existait aucun espace d’information et d’échange autour du thème des nouvelles technologies en médecine qui soit dédié à la communauté médicale française. Or on le sait, les français ne sont pas toujours à l’aise en anglais ! C’est pour que chacun puisse comprendre et puisse s’exprimer librement que j’ai choisi qu’Eppocrate soit en français.

Après, beaucoup des articles partagés sont en anglais, et la communauté est plus francophone que française. Nous avons avec nous un certain nombre de médecins tunisiens, algériens ou marocains !

  • Le CNOM commence à parler de #SantéDeDemain, c’est un allié indispensable aujourd’hui pour faire avancer la santé connectée ?

Bien sûr ! Pour faire avancer la santé connectée, nous avons besoin de tous les acteurs et le CNOM en fait partie ! Pour une institution, je dois dire qu’ils sont beaucoup plus réactifs que d’autres ! Je pense notamment au Dr. Jacques Lucas, qui est très investi sur le sujet et a coordonné le Livre Blanc de la Santé Connectée. Sa vision optimiste et rationnelle contribue à construire notre écosystème français de la e-santé.

  • Pour terminer pouvez-vous nous donner 3 start-ups françaises à suivre absolument ?

Pas facile ! Je dirais Bioserenity, qui met au point un tee-shirt et bonnet connecté bardé de capteurs pour le diagnostic et le suivi de l’épilepsie, c’est une grande avancée pour les patients ! EchOpen, qui développe un échographe ultra-portable qui se branche sur un smartphone ou une tablette et qui coutera autour de 100€. C’est une révolution pour les praticiens en ville, à l’hôpital et dans les déserts médicaux ! Et puis Medusims, qui produit des serious-games pour former les soignants à des prises en charge de patients comme l’hémorragie du post-partum ou des troubles du rythme cardiaque, c’est une aide extrêmement précieuse à la formation initiale (mais aussi continue) des médecins !

Merci beaucoup pour votre temps et à très bientôt sur un prochain événement esanté. En attendant pour suivre Cécile Monteil direction Twitter sur @eppocrate.

Et pour aller encore peu plus loin, la vidéo de sa speed-vision lors du Festival de la Communication Santé de Deauville.

 

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