Innovation
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Les interviews e-santé – Hervé Pingaud

Aujourd’hui direction Castres pour prendre la température de l’Université d’été de la e-santé qui se tiendra début juillet. Un événement gratuit et ouvert à tous qui symbolise bien l’ouverture public/privé grands groupes/start-ups de l’événement. Pour nous en parler rendez-vous avec Hervé Pingaud de l’école d’ingénieurs des métiers de la santé ISIS.

interview Hervé Pingaud

Bonjour Hervé, merci de vous prêter au jeu de l’interview à quelques semaines de la dixième édition de l’Université d’été de Castres. On ne pouvait pas faire ces interviews e-santé sans parler de cet événement majeur aujourd’hui incontournable dans le paysage esanté français et européen.

  • Pouvez-vous nous rappeler brièvement comment est née cette université il y a plus de 10 ans ?

L’université d’été est liée à l’histoire d’un territoire, celui du bassin industriel de Castres-Mazamet dans le Tarn. La politique de développement de ce territoire s’est concentrée depuis plus de quinze ans sur un triangle “santé-chimie-numérique”. Sur l’axe santé-numérique qui nous intéresse ici, l’école d’ingénieurs en informatique et systèmes d’information pour la santé a reçu sa première habilitation à délivrer le diplôme il y a dix ans.

C’est la première, et à notre connaissance, la seule école d’ingénieurs à afficher le mot santé dans son nom. Dans le même temps, le centre hospitalier intercommunal de Castres (CHIC) faisait émerger l’Hôpital du Pays d’Autan, un établissement à la pointe du progrès en matière de technologies numériques. Le Tarn est également le siège d’un grand laboratoire pharmaceutique, les laboratoires Pierre Fabre, qui ont accompagné cette évolution.

L’université d’été de la e-santé venait compléter naturellement ces initiatives pour fournir de l’image et de la réputation autour de cette intelligence territoriale. Elle est une pièce essentielle dans cet écosystème d’innovation ouverte. Ces 10 ans de longévité sont une preuve de la soutenabilité du projet initial et de la valeur des choix réalisés dans les secteurs publics et privés pour construire cette réputation aujourd’hui internationale.

  • Vous accompagnez depuis le début des disciplines en pleine mutation, quelles sont les évolutions les plus marquantes pour vous depuis la première édition dans ce secteur en pleine croissance ?

Il y a deux phénomènes congruents qui caractérisent l’évolution des contenus au fil du temps.

Le premier est le passage d’une analyse des possibles (aussi bien au niveau des besoins des acteurs de la santé que des technologies) du milieu des années 2000, à une analyse des succès et une réflexion sociétale en 2016.

Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de sceptiques dans les amphis de l’université d’été, il y a une grande majorité d’acteurs motivés qui partagent une volonté de comprendre, une soif d’apprendre. Appréhender la dynamique du secteur, se situer dans un mouvement complexe et massif, penser le changement de société, trouver la juste voie pour un développement sont les marqueurs forts des participants à l’événement.

Le second est la prise de conscience des professionnels de santé du poids de ces nouvelles technologies dans l’exercice de leurs pratiques. L’évolution des politiques de santé à travers les deux dernières loi de santé (200, 2015), le traitement nécessaire des différents facteurs de risque qui pèsent constamment sur l’équilibre subtil des systèmes de santé dans tous les pays, ainsi que la diffusion d’une culture du patient connecté au sein de la population, expliquent ce changement de posture des professionnels de santé, relayé par des écrits de certains auteurs ou des conseils de l’ordre qui sont frappés du bon sens.

  • Vous êtes à la tête l’ISIS, école d’ingénieurs spécialisée dans le domaine de la santé, quelles sont les thématiques de recherche les plus avancées aujourd’hui ?

Je ne dirige pas l’école d’ingénieurs, c’est le Pr Bernard RIGAUD qui en est le créateur et le directeur. J’ai le plaisir et l’honneur d’être à ses côtés depuis le début de l’aventure.

Les thématiques de recherche sur lesquelles nos équipes travaillent concernent les outils collaboratifs adaptés à la prise en charge du patient dans le contexte de son parcours (de vie, de santé, de soins, de fragilité,..). Cet axe central  engendre des ramifications vers l’usage et la valeur des objets connectés, vers le traitement sémantique des informations pour faciliter la pratique médico-sociale, vers l’acceptation des technologies par les patients et l’étude des changements induits par leur usage. Notre activité s’exerce dans un cadre pluridisciplinaire réunissant des chercheurs de disciplines différentes : informaticien, sociologue, producticien, juriste.

  • La technologie est déjà au point dans de nombreuses spécialités médicales, que manque-t-il pour passer à l’étape supérieure en matière d’usages ?

Nous avons récemment lancé un living-lab, le Connected Health Lab, au sein de l’Ecole pour favoriser le développement de l’innovation ouverte en santé connectée. Cet outil est un prolongement naturel des résultats de la recherche pour aller au-delà de la preuve de concept.

C’est aussi un outil favorisant l’analyse de la valeur des projets sur l’ensemble de leur cycle de vie. Nous accompagnons cette initiative par le lancement d’un programme de formation tout au long de la vie sur les systèmes de santé à destination des professionnels de santé. Notre ambition ne se cantonne pas à faire du “technology push”, à travers ce nouveau programme, nous souhaitions faire de l’acculturation et engager encore plus de praticiens dans la réflexion sur l’avenir de leurs métiers.

Ceci assurera aussi un ressourcement nécessaire de la recherche. Nous touchons là à un talon d’Achille, en réponse à votre question, réussir à créer les conditions d’un environnement pérenne où les praticiens, les chercheurs et les patients puissent co-construire les solutions.

  • Il sera question de l’implantation de la esanté sur le terrain durant plusieurs ateliers et keynotes cette année. Le fait d’être en région, c’est aussi un plus pour vous différencier ?

Être un acteur pertinent et efficace de la e-santé, c’est d’abord trouver sa place dans un écosystème favorable, réunissant les composantes évoquées dans les questions précédentes. Dans cet ordre d’idée, l’implantation est un facteur clé de succès. L’ouverture des partenaires de proximité, publics et privés, à la collaboration permet de composer des chaînes de valeur de façon agile. Pour un chercheur, cela se traduit immédiatement par une forme de capacité à répondre aux appels à projets, gage indispensable d’une recherche active aujourd’hui.

L’échelon régional, comme celui du département ou de la communauté de communes répondent présent dans le cadre des contrats de site de l’enseignement supérieur et de la recherche. Il me semble qu’il en est de même dans le cadre du schéma régional de l’innovation et des projets état-région. Ainsi, par exemple, les fonds publics qui ont permis de faire naître notre living lab, ont été obtenus par une participation active de ces échelons territoriaux, aux côtés de l’Etat et de l’Europe.

Si notre région n’a pas bénéficié de soutien sur l’appel à projets Territoire de santé numérique, cela ne constitue pas un coup d’arrêt à l’ambition collective. Bien au contraire, il me semble que cela a provoqué une montée d’adrénaline et une volonté forte d’affirmer notre créativité et notre compétence en santé connectée. L’ARS LRMP est très active dans ce domaine et elle sait s’appuyer sur les forces vives des deux anciennes régions pour cela. Et ces forces vives sont nombreuses et solides.

  • La mixité entre monde universitaire et entreprises privées est une des richesses de cet événement, un exemple à suivre pour le développement de la esanté ?

Oui, c’est évident. C’est vrai dans ce secteur comme dans les autres. Le secteur de la santé connectée est d’abord un secteur de services, mais par la présence des technologies, il embarque des acteurs de la production industrielle de biens. Il suffit de constater les intérêts communs déclarés récemment par les pôles de compétitivité AESE et CBS sur la santé connectée (systèmes embarqués, systèmes critiques, technologies sans fil…) pour illustrer, par un exemple, la réponse à votre question.

  • Aujourd’hui les groupements et les événements dédiées à la santé numérique fleurissent un peu partout, que pensez-vous de cet engouement pour le sujet ?

Ils sont représentatifs de l’importance de cette filière industrielle sur le plan économique  et des enjeux pour le système de santé de demain sur le plan social.

  • Les startups sont très présentes sur l’Université, notamment via les Trophées de la e-santé, l’open innovation est un point clé chez vous, comment cela se traduit-il toute l’année ?

Nous cherchons à mettre notre expertise à disposition de ces lauréats du prix d’implantation. Nous engageons également des actions pour que nos étudiants soient demain des créateurs d’entreprises.

  • Sur un événement #CivicTech la semaine dernière on nous vantait l’innovation made in France avec une fraîcheur et un optimisme de tous les instants, on ressent le même dynamisme dans l’eHealth Tech. La révolution esanté viendra-t-elle bien de France (et de Castres) ?

La France ne peut pas revendiquer une primauté en la matière. Le mouvement est international. Un des meilleurs laboratoires au monde en télémédecine est situé en Norvège, à Tromsoe,  et il existe depuis plus de 20 ans ! Nous avons des atouts, mais il nous faut faire encore plus d’efforts pour être en ordre de marche et briguer une place dans une compétition mondialisée.

Je trouve qu’aujourd’hui, il n’y a pas encore assez de synergie entre les politiques de R&D des entreprises et les laboratoires de recherche (ou les living-labs), où la santé connectée se prépare. Par ailleurs, les financements publics de la recherche sont cloisonnés, au ministère de la santé (PREPS, ..), ou au secrétariat d’état à la recherche (ANR) ou encore au ministère de l’industrie (FUI), avec un effet de dispersion contre lequel il faudrait lutter pour rester dans le peloton de tête des pays compétiteurs.

Merci pour vos réponses et rendez-vous à Castres à partir du 5 juillet et en direct sur Twitter (#UnivEsante16 et #TES16) et dans nos colonnes.

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Passionné par l’innovation numérique et rédacteur pour plusieurs titres en ligne, Thomas accompagne aujourd’hui la communication de ses clients start-ups et grands comptes dans la santé, le sport et la tech.

Il y a 2 commentaires

  • C’est vrai, une école d’ingénieur dont le nom inclut le mot santé… c’est originale, notamment au vu de ses points d’orientations.

  • […] l’événement. Il faut dire que l’événement se tient au sein des locaux d’ISIS, seule école d’ingénieurs spécialisée en e-santé, il serait donc dommage de se priver de tous ces innovateurs en puissance […]

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