Médecine d'urgence
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Les interviews e-santé – Dr Patrick Coudert

Dr Coudert, comme directeur médical de l’open de tennis de Monte Carlo, et en référence à votre passé d’urgentiste, vous semblez faire un focus particulier sur l’accès au dossier médical en situation d’urgence, pour quelle raison ?

Face au progrès actuel des nouvelles technologies, il paraît inimaginable qu’on soit toujours incapable d’accéder instantanément aux antécédents médicaux des patients en situation d’urgence.

Chaque année en France, des personnes perdent la vie à cause de ce manque d’informations.  Sachant qu’il y a 15 millions de passages aux urgences chaque année et près d’un million d’accidents rien que dans le sport, nous avons décidé de réfléchir à des solutions concrètes pour essayer de pallier à cette situation.

Notre expérience vécue à travers le logiciel askamon, le logiciel de médecine du sport de haut niveau, nous confère une certaine légitimité à faire des propositions.

P Coudert

Quelles sont à votre avis les informations médicales concernées ?

Bien évidemment, les informations importantes liées à l’urgence comme les principales pathologies des patients, les troubles de la coagulation, les traitements en cours, les allergies… Il est important d’en définir avec précision les différents critères. Là aussi l’expérience d’un médecin de terrain est capitale.

Pour quelle raison sommes-nous toujours dans cette situation ?

Les raisons sont multiples.  A l’heure du numérique et d’internet, on a longtemps pensé que la centralisation du dossier médical personnel allait résoudre cette problématique.

Or, la digitalisation du dossier médical par le médecin n’avance pas assez vite. Les médecins n’ont ni le temps, ni les moyens de numériser le dossier des patients

Par ailleurs, il existe un paradoxe difficile à contourner entre le désir d’accéder facilement et sans contrainte au dossier médical en cas d’urgence et la nécessaire protection de la confidentialité de ces données dites sensibles.

Il faut résoudre ce paradoxe urgence/confidentialité en permettant au patient de déterminer concrètement les données qu’il souhaite rendre publiables en créant un « profil médical public » immédiatement accessible en cas d’urgence, d’un « profil médical confidentiel » très sécurisé dont il maîtrise l’accès.

C’est au patient, avec l’aide de son médecin si possible, de placer le curseur de ces 2 profils.

Sur le plan pratique, que proposez-vous ?

Respecter ce que souhaite le patient 

  • Être sûr que ses données médicales soient vues et lues dans toutes les situations d’urgence à travers le monde.
  • Être sûr que ses données seront prises en compte par le corps médical
  • Être sûr que ses données ne seront pas exploitées à son insu et donc très protégées

Et respecter ce que souhaite le médecin

  • Accéder facilement et sans contrainte à une synthèse claire et lisible des informations médicales du patient
  • Que celles-ci soient médicalement valables et qu’il puisse accéder aux examens complémentaires déjà effectués

Vous avez donc là une bonne feuille de route

Exactement, et il faut s’y tenir 

Premièrement, il faut que les données soient repérables immédiatement par le médecin sur un support visuel clair, universel et utilisable dans toutes les circonstances à travers le monde.

Deuxièmement, il faut que ces informations soient clairement lisibles jusque dans le détail d’une bonne lecture des pièces justificatives, ce qui exclut la lecture sur un smartphone

Il faut donc une application hébergée accessible par internet, bien lisible par l’urgentiste ?

Les applications hébergées sont évidemment légitimes, et elles sont nombreuses, mais elles s’exposent aux contraintes juridiques de l’hébergement des données de santé, de leur exploitation et d’une gestion complexe des droits d’accès.

Il existe par ailleurs une question qui interpelle les patients : qui possède ces données et qui peut les exploiter ?

De plus, il reste des problèmes de sécurisation des serveurs exposés à la cybercriminalité.

Il faut rassurer les patients

Une des solutions proposées est d’héberger les données sensibles sur un support local et propriétaire. Cette notion de propriété est rassurante pour le patient.

  • Avec cette solution, on oblige le cybercriminel à dérober le support pour tenter de pirater les données.
  • Par ailleurs, plus de concentration des données, donc plus d’attractivité…
  • Et in fine, cet hébergement local sur un support physique et propriétaire permet de rassurer l’utilisateur sur l’exploitation des « big data ».

En résumé quelle est votre proposition ?

La solution de faire véhiculer les antécédents par les patients eux-mêmes, sur un support local avec un format carte, placé dans le portefeuille à côté des cartes de crédit, carte vitale et carte d’identité me paraît une solution digne d’intérêt.

Cette solution permet de matérialiser ce nouveau dossier médical numérique, d’impliquer le patient et d’assurer une identification claire pour tous les urgentistes du monde.

Le patient a ainsi l’assurance que son dossier médical sera vu et pris en compte par le corps médical.

Utiliser un port USB comme support technologique me paraît également intéressant en raison de sa grande capacité de stockage et parce qu’il ne nécessite pas de lecteur spécifique. Ce support externe doit être évidemment sécurisé.

L’idée de faire deux niveaux de protection, l’un hébergeant dans un « cloud » le profil publiable, et l’autre conservant sur un support local le profil confidentiel me paraît être une solution à expérimenter pour rassurer l’utilisateur sur l’exploitation secondaire de ses données.

Mais le débat est ouvert et vous avez compris qu’il me tient à cœur.

Le congrès Connected Health Monaco est donc le bienvenu ?

Je suis ravi de participer à cette 2° édition au mois de juin, notamment dans une table ronde autour du sport et des objets connectés.

Ce congrès est important pour la Principauté de Monaco où les plus grands spécialistes de l’e-santé seront présents et où les échanges seront riches et intéressants.

Le Prince Albert II, souhaite nous montrer par sa présence, l’intérêt qu’il porte aux technologies nouvelles liées à la santé. C’est un superbe encouragement pour les organisateurs.

L’interview du JT Monaco info en video en cliquant ici
https://www.youtube.com/watch?v=i6TT9diI314&feature=youtu.be&t=23m33s

connectedhealth-Monaco _HD_RVBLe Dr Patrick Coudert est partenaire du congrès Connected Health Monaco qui se déroulera les 31 mai et 1er juin prochains en Principauté. Vous y découvrirez MyRubyCard ainsi que d’autres dispositifs  dédiés aux clubs sportifs dont il est le créateur.

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