Pharmacie
0

Les interviews esanté, François Lescure

Vous le savez si vous nous lisez régulièrement, l’avenir de la pharmacie à l’heure du digital est un sujet qui nous passionne chez Connected Mag. Un sujet d’actualité que notre contributrice Sophie Gillardeau abordera notamment au salon e-HealthWorld Monaco début juin.

Pour échanger sur ce sujet nous allons aujourd’hui à la rencontre de François Lescure, président de MédecinDirect et initiateur du projet SYMPAD.

portrait-francois-lescureBonjour François, pour commencer pouvez-vous présenter très simplement SYMPAD à nos lecteurs qui ne vous connaissent peut-être pas encore ?

SYMPAD est un projet que nous avons démarré en 2012 sur le suivi de patients chroniques en pharmacie.

A l’époque nous étions au tout début des objets connectés. Le challenge était de travailler à un protocole de prise en charge et de suivi de patients chroniques en pharmacie avec des outils et des matériels d’usages simples et intuitifs, avec possibilité d’extension vers le domicile.

Vous avez notamment rencontré beaucoup de freins réglementaires, c’est une constante quand on veut innover en esanté ?

Oui relativement beaucoup de freins potentiels à la fois réglementaires et parfois « mentaux ». C’est le lot de ce domaine d’activité qui nécessite beaucoup de compétences transversales pour développer un produit.

Dans notre cas de figure, le pharmacien est un acteur de terrain incontestable de la prise en charge de patients chroniques mais n’a pas vraiment de délégations d’activités de la part du médecin et n’est pas vraiment familiarisé à la esanté et à la technologie. Il est donc limité dans les actes qu’il a le droit de faire. Par exemple, la simple prise de tension n’est en théorie pas autorisée mais en pratique tolérée pour le plus grand bénéfice des patients.

Nous avons donc du proposer une interface totalement centrée sur le patient, et quelques outils pour le pharmacien, notamment les quelques questionnaires (INR et observance notamment) autorisés à ce jour.

Vous avez été lauréat des Trophées de la esanté en 2012, 2 ans avant que le produit sorte officiellement, qu’est ce que cela vous a apporté concrètement ?

Une visibilité importante pour le projet auprès des pharmaciens et des institutions. Cela nous a permis aussi d’expliquer ce que le M de SYMPAD voulait dire : MEDICAL. En effet, le projet a été imaginé par MédecinDirect, une plateforme de téléconseil et téléconsultation où nous faisons la promotion de la collaboration entre les divers acteurs de santé. En proposant un regard médical sur les données générées, nous souhaitons apporter une complémentarité indispensable entre pharmaciens et médecins pour une meilleure prise en charge du patient.

Aujourd’hui quelles sont vos perspectives de développement sur le territoire ?

Le projet en tant que tel a permis de tester en grandeur réelle auprès de plusieurs pharmaciens les différentes solutions imaginées et d’en mesurer les usages.

Ce projet a permis aussi de redéfinir l’offre produit qui s’articule maintenant autour d’une application QALYO et de la téléconsultation. La seule différence est que SYMPAD était proposé en version complète, écran, interface et matériels et représentait un budget non négligeable pour le pharmacien, sans forcément de retour sur investissement immédiat.

L’offre que nous déployons aujourd’hui est donc à la fois différente et très proche de SYMPAD mais ne comporte plus de matériel défini. Il suffit que le pharmacien s’équipe d’appareils connectés disponibles via QALYO et propose à ses patients soit de s’équiper de matériels connectés soit d’utiliser le matériel qu’il a déjà. Que ce soit via QALYO ou en direct via l’application MEDECINDIRECT, le patient peut ensuite faire appel à la téléconsultation médicale, ce qui enrichit considérablement notre offre SYMPAD initiale à un coût bien moindre.

Les pharmacies commencent tout juste leur passage au numérique, quelles sont les freins que vous rencontrez au quotidien ?

Les freins au développement sont essentiellement économiques car le pharmacien souhaite être rémunéré pour ces actes, ce qui devait être fait dans la loi Bachelot mais n’a malheureusement pas été mis en pratique de façon généralisée. Le déploiement de systèmes comme SYMPAD s’envisage donc seulement via des niveaux de prise en charge qui permettent au pharmacien un certain retour sur investissement.

Il y a aussi quelques freins réglementaires, notamment liés aux délégations d’activités, mais cela est plus complexe et certaines délégations voient le jour mais il faut être patient !

Quels sont les retours des patients qui sont suivis par les pharmaciens équipés de SYMPAD ?

L’accueil de ce type d’outil est toujours très bon, on prend soin des patients ce qu’ils apprécient largement.

Et côté pharmacien, la technologie fait-elle encore peur ?

Quand le pharmacien veut se mettre à vendre du matériel médical connecté, il est clair qu’il n’est pas formé à le faire et les patients ont eux aussi du mal à se familiariser avec ces nouveaux produits. En tout cas pour une génération de patients qui ne sont pas forcément nés avec la technologie. Celle-ci se démocratise mais reste encore pour certains assez ésotérique. La connectivité a du bon quand on n’a rien à faire pour se connecter. Ce n’est pas encore tout à fait le cas.

Vous êtes revenu à l’Université d’été de Castres depuis votre prix, comment décririez-vous cet événement majeur de la esanté ?

En tant qu’administrateur du CATEL d’une part et de FRANCE e-health Tech d’autre part, (que nous avons créé il y a plus d’un an et qui rassemble déjà plus de 150 start-up dans le domaine), je dirais que la dynamique autour des thématiques « santé » et « digital » est là. Des évènements comme celui de Castres permettent de se faire rencontrer des acteurs publics et privés, de catalyser des idées et projets et promouvoir leur diffusion. L’apparition de nombreux évènements sur le même domaine crée une concurrence saine et dynamise le secteur. L’évènement de Castres a une belle antériorité et un savoir-faire important qu’il faut promouvoir.

Comment voyez-vous, en quelques mots, l’avenir de la pharmacie connectée. Utopie ou réalité très proche ?

La pharmacie reste et restera pour un moment un lieu d’accueil privilégié du patient car on ne prend pas rendez-vous et les portes sont largement ouvertes sur des plages horaires vastes.

Le pharmacien doit se repositionner comme un acteur de santé incontournable mais il souhaite – et c’est normal – que son travail soit pris en considération et rémunéré, que sa capacité à délivrer autre chose que des médicaments soit prise aussi en compte à sa juste valeur.

Pharmacien moi même, j’ai vu évoluer la profession et regrette encore que le pharmacien ne prenne pas encore la mesure de ce qui va arriver pour lui même et ses patients. Cette évolution devra être d’autant plus rapide que la technologie est fulgurante. Il faudra que le pharmacien se forme à ses nouveaux outils, comprenne comment les intégrer chez lui et conseiller ses patients au quotidien dans les usages nouveaux qui vont nécessairement émerger. C’est un gros challenge que les pouvoirs publics doivent prendre en considération pour que le maillage territorial des pharmaciens ne devienne pas, à l’instar de celui des médecins, un désert pharmaceutique. Nos concitoyens y perdraient beaucoup.

EHWM LOGOTYPE RVB 150 DPI-03Pour explorer le futur de la pharmacie d’officine à l’heure du numérique, rendez-vous à Monaco les 1er et 2 juin pour le congrès e-HealthWorld dont nous sommes partenaires. 

Partagez :
  • googleplus
  • linkedin
  • tumblr
  • rss
  • pinterest
  • mail

Cometik accompagne les professionnels libéraux dans leur communication sur internet depuis 10 ans. Nous intervenons ici à la croisée de nos expertises, entre numérique et santé, pour une santé innovante et connectée.

Il y a 0 commentaires

Laisser un commentaire

Un avis ?
Laissez un commentaire !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retourner en haut de page